Dessinatrice : Claire Robert

Quels sont les coûts cachés de la transition énergétique ? C’est à cette question que sont confrontés les habitant.e.s de l‘Allier où se développe un projet de mine de Lithium, un minerais utilisé dans la production de batteries pour les voitures électriques. Ce projet est présenté comme exemplaire car il permettrait une production lithium à bas carbone et en circuit court. Mais la consommation électrique démesurée que nécessitera ce site et la pollution de l’air et de l’eau qu’il engendrera amène à ce questionner sur le sens même d’un tel projet.
Comme le montre cette brochure de France Amérique Latine sur l’extractivisme, la production de lithium, présentée comme nécessaire à la transition écologique mondiale provoque également d’importants dégâts sociaux et environnementaux en Amérique Latine. En effet, c’est sur ce continent que sont produits une grande partie des minerais et métaux précieux indispensables au développement d’outils électroniques et numériques. L’électrification croissante de la société (transport, énergie, numérique ..), souvent présentée comme une réponse viable à la décarbonisation de nos sociétés, entraîne un besoin croissant en énergie. L’Amérique Latine a été identifiée comme un terrain propice pour le développements d’énergies dites vertes telles que l’hydraulique, le solaire, l’éolien ou encore les hydrocarbures non conventionnels. Or, la production de ces énergies nécessite une extraction de minerais ayant de nombreuses conséquences sur la vie des populations autochtones (accaparement des terres, déplacement de population, pollution de l’eau et des terres, assèchement des territoires…). C’est par exemple le cas dans l’Isthme de Tehuantepec au Mexique, qui connaît depuis les années 90 une multiplication de la construction de parcs éoliens, exploités par des multinationales européennes. Bien que renvoyant une image positive pour lutter contre les dérèglements climatiques, ces parcs éoliens ont un impact négatif sur l’environnement et les communautés vivant aux alentours, en affectant notamment les écosystèmes et en augmentant l’érosion.
Les impacts de la production d’électricité, présumée nécessaire pour sortir d’une production carbone, pointent du doigt une réalité trop peu mise en avant : La solution miracle n’existe pas. Le système capitaliste basé sur une accumulation des richesses toujours croissante n’est pas viable sur une planète où les ressources sont limitées.
Et si l’on repensait profondément nos modes de vie, en partant de nos besoins (mobilité, confort thermique) et non de notre manière actuelle d’y répondre (voiture individuelle, climatisation…) ? Et si, plutôt que de subir les impacts du dérèglement climatique et d’accepter que les plus vulnérables en soient les premières victimes, on imaginait d’autres modes de vie en société, créatifs et désirables, en prenant en compte les limites planétaires ?
Et si l’on changeait notre rapport à la nature en considérant le vivant, et donc l’humain et les autres êtres qui composent « la nature », comme un tout capable de vivre en harmonie ? Et si l’on repenser nos pratiques agricoles sur un modèle agroécologique, intégrant le lien entre l’humain et son environnement afin de permettre aux paysans et paysannes de vivre dignement tout en respectant son environnement ?
Et si l’on repensait notre système économique capitaliste pour un système basé sur la décroissance ou nos richesses se trouverait non pas dans l’accumulation de capitaux, mais dans notre capacité à nouer des relations entre humains et entre humains et non humains ? Et si nous sortions d’un rapport marchand à la terre et ses ressources, pour bâtir une culture des communs ?
Et s’il suffisait simplement « d’habiter poétiquement le monde » comme le propose Aurélien Barrau dans son ouvrage « l’hypothèse K ?
Pour aller plus loin :
- « La transition électrique : Les doigts dans l’emprise », Data Gueule, 2020
- « On est en train d’enfouir la crise climatique et écologique au fond des mines », Blast
- « L’extractivisme en Amérique Latine », France Amérique Latine
- « Transition écologique : Les mines de cobalt, l’envers du rêve électrique », France 24
- « Effondrement, notre civilisation au bord du gouffre ? Aurore Stéphant » , Thinker View, mars 2023
Propositions de phrases de débat mouvant :
- « Les innovations technologiques sont des solutions valables pour freiner le désastre écologique »
- « La transition écologique doit passer avant la réponse aux autres enjeux sociétaux »
- « Le numérique et l’électrique sont la réponse aux enjeux du dérèglement climatique »