L’éducation populaire face à la colonialité de l’espace public en France

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Né sous l’impulsion du Guide du Bordeaux colonial, association décoloniale, du laboratoire Les Afriques dans le Monde (LAM) et de l’Institut des Afriques, le Printemps décolonial de Bordeaux s’est tenu du 24 au 29 mars 2026 sous un mot d’ordre ambitieux : « Racisme et colonialité : comprendre pour mieux agir ». Retour sur la journée du 27 mars, spécifiquement consacrée à la question de l’espace public à laquelle nous avons participé.

Au cœur des débats, le postulat de départ des organisateurs.rices du Printemps décolonial qui est le suivant ; l’espace public n’est pas neutre, il reflète un récit national hégémonique qui tend à glorifier l’empire colonial tout en invisibilisant les mécanismes d’exploitation économiques et humains qui l’ont accompagné.

La colonialité de l’espace public ne relève pas d’un passé révolu. Elle façonne nos représentations contemporaines, de la présence de monuments controversés à la complaisance observée face à des drames internationaux actuels, comme à Gaza. Pour déconstruire ce récit dominant, l’éducation populaire propose des outils concrets de réappropriation citoyenne.

La colonialité matérielle et symbolique de nos villes

Le postulat de départ des organisateurs.rices du Printemps décolonial est le suivant ; l’espace public n’est pas neutre : il reflète un récit national hégémonique qui tend à glorifier l’empire colonial tout en invisibilisant les mécanismes d’exploitation économiques et humains qui l’ont accompagné.

Honorifier ce qui ne l’est pas

Partout en France, la toponymie urbaine continue d’accorder une place de choix aux officiers de la conquête et de la gestion coloniale. Des figures marquées par les violences ou la torture (comme le maréchal Bugeaud ou le général Bigeard, dont l’érection d’une statue en tenue de parachutiste a suscité une vive opposition à Toul en 2024) continuent d’être honorées dans le paysage quotidien.

Traite, colonisation et essor de l’industrialisation

L’analyse de l’espace urbain impose d’en saisir les fondements économiques : la traite négrière et la colonisation sont allées de pair avec l’industrialisation. L’esclavage a été le corollaire du développement d’un salariat qui n’existait pas auparavant.

Le Festisol comme passeur d’outils et de savoirs

Depuis plusieurs années, le Festival des Solidarités (Festisol) s’est directement approprié ces grilles de lecture. En appréhendant les traces coloniales comme une des clés de compréhension des rapports sociaux et des déséquilibres mondiaux actuels, le Festisol a intégré des visites guidées au cœur de ses événements nationaux :

Les guides urbains : cartographier pour sensibiliser

Pour contrer cette amnésie organisée, des collectifs militants et associatifs élaborent des guides locaux autour de la colonialité de l’espace public dans les villes. Ces ouvrages constituent à la fois des supports pédagogiques et des outils d’interpellation des décideurs publics.

Plusieurs de ces initiatives ont fait l’objet d’une présentation à l’occasion de cette journée consacrée à la colonialité de l’espace public dont les coordonnateurs.rices ont pu nous présenter les approches et objectifs :

TerritoireActeurs impliquésApproche & Objectifs
MarseilleCollectif de militant·es et retraité·es (sans chercheur·euses)Sensibilisation aux figures esclavagistes du sud de la ville et décryptage de l’histoire des quartiers Nord.
LyonQuinzaine d’associatifs, militant·es et universitairesCartographie des traces des migrations coloniales et balades d’éducation populaire en vue de 2027.
PérigueuxCollectifs militantsCampagne nationale contre Bugeaud et création de supports pédagogiques pour interpeller les élus.
TulleCollectif citoyenDéconstruction sans repentance mais sans hypocrisie : décoloniser pour pouvoir « faire société ».

L’Éducation Nationale rencontre l’éducation populaire

La démarche trouve également un écho dans le cadre scolaire, comme l’a illustré la restitution des travaux de la classe de seconde 9 du Lycée Václav-Havel (2024-2025) sur la décolonisation de l’espace public à Bègles.

Inspiré par le Guide du Bordeaux colonial, un professeur d’Histoire-Géographie et d’EMC a mené avec ses élèves une enquête de terrain filmée. Les lycéens sont allés interroger les habitant·es sur les noms de leurs rues pour les confronter aux réalités historiques du passé colonial.

En questionnant la désignation des rues, les élèves ont mis en lumière le fonctionnement des institutions locales : si la décision finale appartient au maire et au conseil municipal, la proposition toponymique constitue un levier citoyen accessible à toutes et tous. Elle invite à réinvestir l’espace public pour interroger la mémoire et les figures que nos villes choisissent d’honorer.

En conclusion, la colonialité irrigue nos espaces publics, et nous ne pouvons plus fermer les yeux sur ce qu’elle révèle de notre histoire commune. Comme l’ont rappelé les intervenants de Tulle : « Si nous ne sommes pas capables de décoloniser l’espace public, il sera impossible de faire société ». Par la synergie entre guides urbains, parcours proposés par des collectifs décoloniaux et projets scolaires, l’éducation populaire offre des leviers concrets pour transformer nos cités en espaces de mémoire partagée et lucide. Le Festisol offre un cadre propice pour porter et visibiliser ces initiatives.

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