De Nantes à Ntoum, de Kinshasa à La Réunion, l’édition 2025 du Festival des Solidarités a rassemblé plus de 180 000 personnes dans 14 pays. Retour sur une année charnière.
En novembre 2025, quelque chose s’est passé. Dans un quartier de Libreville, des élèves du lycée Léon Mba se sont emparés de pinceaux pour dire ce que les mots ne suffisaient pas à exprimer — un atelier prévu pour deux heures qui en a duré quatre, parce que les enfants refusaient de partir. À Ntoum, à une heure de la capitale gabonaise, des femmes ont lancé un potager collectif dont les récoltes nourrissent tout le quartier. À Kinshasa, des volontaires ont frappé aux portes, parcelle par parcelle, pour parler tri des déchets et écocitoyenneté. À Agen, un collectif a profité de la fin du support de Windows 10 pour initier des habitants aux logiciels libres. Et à des milliers de kilomètres de là, dans la région d’Itasy à Madagascar, 2 000 personnes participaient au tout premier Festisol malgache.
Ce ne sont pas des anecdotes. Ce sont les fils d’une même toile, tissée par 3 950 structures dans 14 pays, et c’est tout l’objet du bilan 2025 que nous publions aujourd’hui.
Une édition sous le signe de l’unité
Pour la première fois, ce rapport ne sépare plus le Festisol France du Festisol international. Non pas parce que les contextes seraient identiques — ils ne le sont pas —, mais parce que les combats convergent. Les circuits courts à Agen répondent aux mêmes enjeux que l’agroécologie à Arivonimamo. L’extractivisme dénoncé à Nantes détruit des communautés en Guinée. La souveraineté alimentaire défendue au Gabon fait écho aux marchés paysans du Lot-et-Garonne.
Le focus « Environnement et droits des peuples », en deuxième année de son cycle triennal, a été le fil rouge de cette convergence : plus de 90 % des collectifs s’en sont saisis pour construire leur programmation.
L’édition 2025 a vu le réseau Festisol s’élargir comme jamais. Le Brésil a fait son entrée avec 60 activités et 3 000 participants dans l’état de Minas Gerais. Madagascar a inauguré son premier festival dans la région d’Itasy. La Réunion a accueilli sa toute première édition, posant les bases d’une dynamique d’éducation à la citoyenneté et à la solidarité internationale sur un territoire qui n’en connaissait pas encore. Quatorze pays désormais représentés — un record.
La jeunesse au coeur du mouvement
Si ce rapport donne envie d’y croire, c’est aussi parce qu’il montre une génération qui ne se contente plus d’assister : elle co-conçoit, co-anime, porte. À La Réunion, 19 bénévoles sur 28 avaient moins de 30 ans. À Agen, des élèves ont fabriqué des outils pédagogiques puis les ont animés eux-mêmes auprès d’autres classes. À Nantes, la « Gen Z » questionne les formes traditionnelles de la solidarité et en propose de nouvelles. Partout, les jeunes ne sont plus des bénéficiaires : ils sont acteurs.
Agir même quand tout semble empêcher d’agir
L’une des pages les plus marquantes du rapport concerne la RDC. À Bukavu, dans l’est du pays soumis à un contexte sécuritaire extrêmement tendu, un collectif a mené des actions de prévention des violences sexistes en milieu scolaire. À Kinshasa, dans des quartiers exposés aux inondations et à l’insalubrité, des volontaires ont porté l’écocitoyenneté de porte en porte. La preuve que la mobilisation citoyenne ne s’arrête pas aux frontières de la stabilité.
Un réseau qui grandit et se renforce
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : plus de 3 700 animations, 191 coups de pouce attribués, 350 nouvelles structures partenaires en France, 700 nouveaux bénévoles. Mais au-delà des chiffres, le rapport documente ce qui se transforme en profondeur : des autorités locales qui intègrent les enjeux environnementaux dans leurs politiques, des coopératives qui naissent, des enseignants qui plaident pour pérenniser les activités extrascolaires, des mentalités qui évoluent.
Parcourir une année de solidarités internationales
Ce bilan n’est pas un document administratif. C’est un voyage — du Gabon au Brésil, de la RDC à Nantes, de Madagascar à Agen — à la rencontre de celles et ceux qui, partout, inventent des réponses concrètes aux crises de notre temps. On y croise Célestine, présidente du collectif de Ntoum, qui raconte les enfants accourant au potager à la sortie de l’école. Nathalie Zemo Efoua, fondatrice du premier réseau féministe à coordonner le Festisol en Afrique, qui parle de sororité comme d’une force sur laquelle on peut compter. Les jeunes Réunionnais sans qui leur premier Festisol n’aurait tout simplement pas existé.
Vingt-huit pages pour comprendre ce qui se joue quand des citoyens et citoyennes décident, ensemble, qu’un autre monde est possible.
[Télécharger le bilan Festisol 2025 (PDF)]
Bilan réalisé en mars 2026 par le CRID et ses partenaires. Projet soutenu par l’AFD.
