A Toulouse, l’association E-Graine propose une série d’atelier « d’auto-défense intellectuelle ». Leur ambition : « parler de toutes ces thématiques complexes dont on n’a pas forcément envie de discuter aux repas de famille »… pour mieux s’outiller face aux oppressions et apprendre à débattre sans se laisser déstabiliser.
Ce jeudi 20 novembre, l’atelier était consacré à l’auto-défense intellectuelle autour du racisme. D’autres séances sont également proposées sur le genre, les masculinités ou encore l’esprit critique face aux médias. L’ensemble s’inscrit dans le programme Un Univers Citoyen, qui œuvre pour une éducation aux migrations, un accueil digne des personnes migrantes et la lutte contre les discriminations.
Dès le début de la séance, les animatrices Paula et Dorwalis ont posé le cadre : elles ne se présentent pas comme expertes mais comme facilitatrices d’un espace d’échange de savoirs et d’expérience pour construire collectivement un espace de discussion et d’entraînement pour résister aux tentatives d’influence sur nos jugements, à partir de nos vécus et réalités plurielles.

Races, racisme, discriminations, privilèges, de quoi parle-t-on ?
« Le racisme n’est pas une opinion. »
Première étape : s’entendre sur les mots. Le racisme, rappellent les animatrices, n’est pas une simple idée parmi d’autres : c’est une discrimination, qui s’appuie sur des préjugés, des stéréotypes et des rapports de pouvoir bien réels.
Le racisme peut être défini comme « une croyance hiérarchique, une hostilité systématique qui ne se réduit pas aux actes individuels et ne peut être normalisée ou invisibilisée ». Ce qui est souvent appelé racisme ordinaire se manifeste par des attitudes répétées, des privilèges non conscients et des mécanismes que ne perçoivent généralement pas les personnes qui n’en sont pas victimes. Par exemple, parler de « racisme anti-blanc » nie la dimension systémique du racisme qui, lui, peut empêcher l’accès à un logement, un emploi, ou exposer à des violences structurelles. Plusieurs participant·es à l’atelier ont également rappelé que nous avons tous un racisme intériorisé, du fait du système dans lequel nous avons évolué.
Le groupe s’est également interrogé sur l’usage du mot race, terme sensible et souvent débattu. Les animatrices ont choisi de le nommer pour en dévoiler les mécanismes : il ne renvoie à aucune réalité biologique, mais à une construction sociale héritée du colonialisme et de l’esclavagisme, qui continue de produire des effets très concrets. Utiliser ce terme, peut donc permettre de mieux étudier les mécanismes du racisme « ce n’est pas en effaçant un mot qu’on efface le problème. »
Enfin, la notion de privilège a été abordée. Elle caractérise ce qu’une personne possède et qui est valorisé dans la société dans laquelle on vit. Ces caractéristiques sont souvent arbitraires. La personne de les a pas choisies, voire elle n’est pas consciente que celle-ci puisse lui donner un certain avantage dans la vie par rapport aux autres, qu’elle le veuille ou non. La prise de conscience des privilèges ne vise pas la culpabilisation, mais elle permet de comprendre pourquoi certains groupes sont avantagés par rapport à d’autres. Par exemple, le privilège blanc, définit le fait que « La couleur de peau n’est pas quelque chose qui peut rendre plus difficile certaines expériences ou situations ». La roue des privilèges et un outil qui peut permettre de mieux comprendre ces mécanismes.
Face aux actes racistes, comment agir ?
Les animatrices ont rappelé un principe essentiel :« Nous luttons contre des idées, pas contre des personnes. »
Cela implique d’adapter sa réaction en tenant compte du contexte, du niveau de compréhension de chacun et des risques éventuels. Pour aider à réagir, elles ont proposé la méthode OSER :
Observer la situation :Dans quel espace je me trouve ? Est-ce qu’il y a d’autres personnes autour ? Suis-je en sécurité pour réagir ?
Sentir : Quelles émotions me traversent ? Comment les accueillir pour agir de façon constructive ?
Exprimer : Comment nommer clairement ce qui vient de se passer ? Est-ce un propos raciste ? Un acte discriminatoire ?
Réagir : Plusieurs stratégies de réactions existes, par exemple :
- Utiliser l’humour et la dérision
- Nommer le problème et poser la limite « Ce que vous dites est raciste, je n’accepte pas ce genre de propos »
- Questionner la personnes : Quelles sont vos sources ? Pourquoi dites-vous cela ? Sur quoi vous appuyez-vous ?
- S’adresser à des témoins, demander du soutien : Êtes-vous d’accord que ce propos est raciste ?
L’objectif n’est pas de convaincre immédiatement, mais d’empêcher la banalisation des propos racistes et de semer des graines de réflexion. Et bien sûr, si la situation est dangereuse, il est parfois préférable de ne pas intervenir directement.
Pour s’exercer à réagir, les participant·es ont ensuite pris part à un atelier de théâtre forum, un outil puissant pour expérimenter, tester des postures et gagner en confiance.
Des outils pour aller plus loin :
Si vous êtes témoins ou victime de discriminations, vous pouvez contacter la plateforme AntiDiscriminations au 3928.
Les participant·es ont également partagé plusieurs ressources pour prolonger la réflexion :
Livres :
- Guillaume Blanc – L’Invention du colonialisme vert
- Christian Grataloup – Géohistoire, une autre histoire des humains sur la Terre
- Arturo Escobar – Sentir, penser avec la Terre
- Christel Cournil – Les victimes climatiques au prétoire
- Malcom Ferdinand – Pour une écologie décoloniale
- Gabrielle Hecht – La terre à l’envers : résidus de l’anthropocène en Afrique
Chaînes Youtube
- Histoires Crépues
Podcast :
- Kiff ta race, Binge Audio
- Ouvrir les yeux sur l’ignorance blanche, Arte Radio
- Réparations : Réparer le monde, Parasido Média
Jeu :
- Takattal